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« Voici l’œuvre d’un connard » : une exposition ironique et engagée pour sensibiliser sur la pollution plastique à l’ère du Covid-19

Voilà quatre mois que les masques sont obligatoires, quatre mois qu’on retrouve ces bandes de meltblown parsemer les trottoirs d’un bleu chirurgical. Pour sensibiliser à cette nouvelle source de pollution, le street-artiste niçois Too Late expose à Paris ces « masques de connard » jetés dans la rue.

« Une exposition à ne pas manquer ! », c’est de cette façon que Too Late invite sur son compte Instagram tous « les confinés » à découvrir ces « 50 œuvres uniques » jusqu’au 1er décembre. Une ironie bienvenue lorsqu’on sait que le confinement durera précisément jusqu’à cette date.  

La démarche fait sourire et pourtant. La pollution générée par ces protections médicales est réelle. Crées à base de meltblown (matière filtrante) et de spundbond (matière support), les masques sont principalement constitués de polypropylène. Comme tous les objets réalisés à base de plastique, leur durée de vie nous est bien supérieure : 450 ans années sont nécessaires pour qu’ils se désagrègent « naturellement » dans l’environnement. Avant la pandémie mondiale de covid-19, le plastique était déjà l’une des plus grandes menaces pour notre environnement. La production et l’utilisation quotidienne des masques chirurgicaux à l’échelle planétaire aggrave nécessairement les choses.

Ironie du sort, la liste interdisant les produits plastiques à usage unique en France était en train de s’allongerLa loi du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire prévoyait ainsi une interdiction totale des plastiques à usage unique d’ici 2040. Progressivement, certains objets de notre quotidien (sacs plastiques en caisse, gobelets, cotons tiges ou assiettes) ont ainsi été interdits. Si ces mesures ont été jugées par certains insuffisantes, elles affichaient une volonté d’en finir avec le plastique jetable.

Le problème pointé par l’artiste vient alimenter un débat houleux : à quoi sommes-nous prêts à renoncer pour garantir notre sécurité sanitaire ? L’enjeu n’étant pas seulement celui d’un renoncement à l’expression de certaines libertés individuelles mais bien aussi celui d’un renoncement vis-à-vis de l’arrêt de l’usage massif du plastique à usage unique. En espérant que sur ce point, il ne soit pas déjà too late.

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