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Les « visages » du capitalisme artiste en décoration

En 2020, des visages illuminent nos intérieurs ! De la vaisselle aux mobiliers, ils sont par-tout ! Mais alors pourquoi ces visages ? Pourquoi maintenant ? ZAD s'est penché sur la question...

Clins d’œil artistiques

Avant de passer au « pourquoi », attardons-nous sur le « comment ». La tendance actuelle est fulgurante : pas un objet décoratif n’est épargné ! Coussins, tapis, vaisselle, miroirs, linges de maison… Ces visages sont l’élément « arty » qui donne une touche un peu différente à nos intérieurs ! Les grandes marques ne s’en cachent pas, les références sont celles des grands maîtres du XXIème siècle : Picasso, Braque, Matisse, Modigliani, Cocteau… Alors que certaines se focalisent sur un élément du visage, certaines s’inspirent du corps dans son entièreté. Dans le même temps, elles cherchent à valoriser l’artisanat, l’authenticité et un certain art de vivre méditerranéen. Petit tour d’horizon de cette nouvelle tendance !

Habitat

Crée par Floriane Jacques, le motif « Oscar » décline des visages composés de tracés aux couleurs primaires qui célèbrent le geste de l’artiste. On le retrouve ici en céramique et sur le mobilier.

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Octaveo

Ce studio de création espagnol signe une collection qui célèbre un héritage méditerranéen et antique… Largement revisité ! Le visage « Janus » est décliné sur plusieurs supports, des vide-poches aux boîtes d’allumette !

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Seletti

Cette maison italienne revendique depuis 1964 un design haut de gamme créatif et fonctionnel. La collection Memorabilia dessinée par Marcantonio s’approprie l’héritage de l’antiquité classique et le fait communiquer avec le présent. Le corps humain est ainsi fragmenté et nous invite à le recomposer.

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Umasqu

Designé par Tzachi Nevo, Umasqu propose des visages inspirés des masques africains. La marque incarne à la perfection la tendance des clins d’œil artistique revisitée au style ethnique.

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LRNCE

LRNCE décline une série d’objets déco et d’accessoires d’inspiration méditerranéenne. Créée par la designer belge Laurence Leenaert, la marque est basée à Marrakech où elle « capture l’essence de l’artisanat ». Céramique, textile, cannage… on y retrouve le corps sous toutes ses formes !

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L'esthétisation du monde

Ces touches artistiques accessibles au plus grand nombre confirment la thèse de Gilles Lipovetsky et Jean Serroy sur l’avènement d’une phase nouvelle du capitalisme : celle du capitalisme artisteCe dernier serait un état du système dans lequel la maximisation du profit rencontre la logique « émotionnelle-esthétique ». Cette étape serait le résultat d’un processus historique que les auteurs appellent « l’esthétisation du monde » et qui est marquée par quatre grandes périodes successives.

 

Au tout début, les considérations matérielles étaient utilitaires. Les biens étaient collectifs. Vînt ensuite ce que les auteurs appellent l’esthétisation aristocratique. Elle accompagne le processus de différenciation sociale nécessaire à la caractérisation de différentes classes sociales. L’âge qui suit est celui de l’esthétisation moderne du monde : la figure de l’artiste apparaît. Enfin, l’âge transesthétique, qui caractérise notre XXIème siècle, se distingue par une hyperconsommation, la recherche du plaisir individuel et une sensibilité exacerbée à l’art : c’est l’avènement de l’homo aestheticus. Ces touches artistiques dans nos intérieurs répondent à cette sensibilité nouvelle.

 

Une question subsiste : notre héritage artistique est pluriel, les sujets infinis. Pourquoi célébrer les visages ? Pourquoi célébrer les corps ?

 

Le corps et la subjectivité, nouveaux domaine de lutte

Les luttes ouvrières du XIXe et le début du XXème siècles, marquées par l’appropriation des moyens de production, ont laissé place à celles des minorités colonisées, sexuelles et de genre pour l’appropriation des moyens de reproduction. Cette analyse du philosophe et chroniqueur Paul B. Preciado fait échos au mouvement #Metoo qui a libéré la parole des femmes sur leur rapport à leur genre sexuel et leur sexualité. Que l’on retrouve aujourd’hui des visages et des corps en décoration n’a rien d’étonnant. Tous les biens culturels (et les éléments décoratifs en font partie) sont les reflets d’une époque. Et s’ils en sont le produit, ils participent aussi à leur manière à façonner les nouveaux référentiels à l’aune desquels l’avenir se construit.

 

Comment ces objets de décoration s’inscrivent-ils dans cette lutte ? La représentation qui est faite des corps célèbre la Beauté sous toutes ses formes : les courbes sont arrondies, fluides, parfois neutres, parfois colorées, en somme, elles sont plurielles. Et si certaines font l’éloge du corps féminin, d’autres laissent place à des figures abstraites qui laissent de côté la question du genre en lieu et place de la Beauté. Dans le même temps, elles engagent un rapport positif, gai et ludique avec nos apparences et nos physiques, un schéma à contre-courant de la sexualisation des corps produite par l’industrie culturelle.

Enfin, ces objets encouragent un rapport relationnel basé sur le respect, car si le corps et une œuvre d’art, il faut une autorisation pour pouvoir le toucher. Ce thème s’aligne sur le cœur du message féministe depuis #Metoo qui est la nécessité du consentement. Seront-ils suffisants pour permettre la redéfinition des imaginaires ?  

Clémence Drack

ZAD

Magazine culturel engagé, ZAD est un webmedia indépendant soucieux de partager des contenus réflexifs sur les arts visuels et le spectacle vivant.

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