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Shooting photo à distance entre Paris et Oviedo : Teresa Suarez repousse les limites de l’image

Comment se déroule une séance photo lorsque la photographe et le mannequin sont à distance ? En juin 2020, alors que les frontières entre la France et l’Espagne sont fermées, Teresa Suarez réalise avec son ami Lucas de Valois un shooting photo entre Paris et Oviedo. Une exploration des nouvelles façons d’utiliser les technologies et de trouver d’autres possibilités à l’image.

Teresa, s’il fallait te présenter en quelques mots aux lecteurs de ZAD, que voudrais-tu qu’ils sachent ?

Je suis une photographe documentaire espagnole qui habite à Paris. Je publie dans des médias espagnols et français. 

Je travaille sur les questions de genre, d’identité et de territoire. 

Je mène des projets dans divers formats comme la photographie numérique ou argentique.

En juin tu as réalisé une série de photographies réalisées via une application vidéo entre l’Espagne et la France. De l’idée à la réalisation, comment ce projet s’est-il concrétisé ?

C’était plus une expérimentation qu’un projet. En fait j’aurais dû être en Espagne en mars pour continuer une série documentaire mais avec la pandémie ça n’a pas été possible. Avec mon ami Lucas de Valois on a voulu collaborer ensemble à distance. Je me suis inspirée du travail de Julien Mignot qui avait fait des photos à travers une application vidéo.

 

Il existe plusieurs techniques pour réaliser des shootings photo à distance. Avec deux Iphones on peut utiliser Face Cam mais je n’ai pas d’Iphone. On a donc fait des testes avec nos téléphones mais la connexion n’était pas top. Au final, nous avons utilisé Skype pour réaliser les photos et les portraits. J’ai branché mon ordinateur sur l’écran de la télévision et je prenais la photo à travers l’écran avec mon appareil photo.

Qui est ton modèle et comment l’as-tu guidé pendant la séance ?

Lucas de Valois est un étudiant originaire du Brésil mais il vit à Oviedo en Espagne, la ville d’où je viens. Il a un physique particulier, ce qui fait qu’il est de plus en plus demandé. Ça n’a pas été difficile pour lui car il y a en Espagne un rapport différent à l’image. Les jeunes se mettent facilement en scène et font des shootings très pro qu’ils diffusent ensuite sur Instagram. En Espagne il y a cette volonté de montrer et de se montrer. En France, les gens sont plus dans l’intime, on ne partage sa vie qu’avec un cercle proche.

 

Pour notre séance photo, j’ai demandé à Lucas de placer son téléphone avec tel ou tel angle et lui donnais des poses à réaliser. J’aime la photo de mode mais ce n’est pas ma spécialité. Mon approche est donc documentaire. Je laisse le mannequin montrer son caractère, et moi j’interviens sur la correction de la lumière et des formes.

Comment ce shooting s’articule-t-il avec tes autres projets ?

Ma pratique de la photographie s’inscrit dans la recherche d’une forme de vérité. J’aime les photos qui sont un peu floues, un peu trépidées, un peu « secouées », je trouve ça beau. La perfection n’existe pas alors pourquoi courir après ?

 

Lors de cette séance photo, la connexion internet n’était pas ouf mais ce n’est pas grave. Il y a des textures sur l’écran qui rendent le travail intéressant. Je préfère travailler en face à face mais cette expérimentation est une autre manière de parler avec les technologies et de trouver d’autres possibilités à l’image.

Est-ce que le confinement a changé ta façon de créer ?

J’ai eu la chance de continuer à travailler pendant le confinement. Je sortais dehors, bien que je ne voulais pas non plus passer beaucoup de temps dans la rue. Pendant cette période, j’ai mené un autre projet qui s’appelle « Portraits d’un confinement jaune » dans lequel j’ai utilisé le lampadaire de la rue en face de mon salon. Je réalisais la nuit des portraits avec ma copine et des photos de nature morte. J’ai fini d’éditer les images et si tout va bien je ferai une exposition en Espagne.

En attendant sa prochaine exposition, vous pouvez suivre son travail ICI !

Clémence Drack

ZAD

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