Architecture et DesignArts visuelsPortrait

Les tapis magiques de Faig Ahmed : un savoir-faire ancestral au service du surréalisme

Il revisite les tapis millénaires de l’Azerbaïdjan, les pixélise, les fait fondre et donne à cet art traditionnel des couleurs surréalistes. Celui qui a grandi dans une URSS en pleine dissolution explore et célèbre dans ses œuvres la permanence du chaos. Portrait.

Le tapis, un savoir-faire refuge

Comprendre le travail de Faig Ahmed, c’est s’intéresser à la confection traditionnelle des tapis de l’Azerbaïdjan. Classées en 2015 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, ces techniques sont un véritable trésor national qui rythme le quotidien des familles.

 

Réalisés à la main en plusieurs dimensions, les techniques de fabrication se transmettent oralement et par la pratique au sein du cercle familial. Le tapis est présent tout au long de l’année : au printemps et à l’automne, les hommes tondent les moutons tandis que les femmes appliquent les colorants naturels et filent la laine qu’elles tissent durant l’hiver. Les motifs, les couleurs, la composition sont le reflet de chaque communauté et sont liés à la vie quotidienne. Une fois terminé, le tapis est découpé. Cette étape fait l’objet d’une célébration solennelle.

De ces traditions, Faig Ahmed créera de nouveaux objets, insolites et rebelles. 

 

“I don’t want to change anything, 

but at the same time I want to change everything,”

Toucher l’intouchable

Né à Sumqayit (Azerbaïdjan) en 1982, Faig Ahmed passe sa petite enfance dans ce grand Empire soviétique. Sa fascination pour les tapis traditionnels est d’abord sensible. L’histoire raconte qu’à l’âge de 7 ans, il s’est retrouvé seul dans sa chambre à jouer sur un tapis ayant appartenu à sa grand-mère. Glissant ses doigts entre les fils, il cherche à tracer des labyrinthes éphémères. Pour se frayer son chemin, il prit une grande paire de ciseaux et, pour déplacer les motifs, découpa le tapis familial en plusieurs morceaux.

 

En grandissant, Faig Ahmed prend conscience de leur caractère éminemment politique. Lorsqu’il intègre l’Académie nationale des Beaux-Arts d’Azerbaïdjan à Bakou, il vole des rouleaux de tissus imprimés au département de la mode et les utilise pour couvrir les cinq étages de la façade de l’école cinq étages de l’école soviétique. Bientôt, il réalisera ses propres sculptures textiles.

 

Soucieux de respecter les savoir-faire anciens, il se tourne vers de vieux tisserands pour confectionner des tapis d’art pixellisés, tourbillonnants, fondus. De nombreux artisans refuseront de participer à ses explorations artistiques. Ses créations époustouflantes ne tarderont pourtant pas à convaincre le monde entier.  

En 2007, il est programmé dans ce qui est alors le tout premier pavillon du pays à la Biennale de Venise. En 2013, il est nommé pour le Jameel Prize du Victoria & Albert Museum. En 2014, il expose au Art Dubaï et présente sa vision au cours d’une conférence TED. Rapidement, de nombreux musées comme le musée d’art de Los Angeles, le musée d’art de Seattle et le Rhode Island School of Design intègrent ses œuvres dans leurs collections permanentes.

Selon Ahmed, il s’agit essentiellement de physique quantique sous forme de tapis, chaque nœud n’étant qu’une sorte de pixel. En jetant des structures établies dans une forme de chaos, il donne à voir une œuvre qui fait résonner le passé et le présent, l’histoire et l’incertitude, la beauté du désordre. 

Clémence Drack

Crédit  : courtesy of Sapar Contemporary et Faig Ahmed

ZAD

Magazine culturel engagé, ZAD est un webmedia indépendant soucieux de partager des contenus réflexifs sur les arts visuels et le spectacle vivant.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page