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« Les 7 péchés du capitalisme », une performance collaborative pour questionner la société de consommation

L'avarice, l'envie, la paresse, la gourmandise, l'orgueil, la luxure et la colère : les 7 péchés capitaux résonnent dans ce projet artistique avec les rouages du système capitaliste. Une prise de position sans concession et une installation à l’échelle d’une ville entière, c’est le projet fou de Camille Dufour et Rafaël Klepfisch. Une performance écrite à quatre mains et complétée par celles du public pour mieux impacter le réel.

Une installation protéiforme

Voilà maintenant un mois que deux artistes belges ont investi l’ancien Décathlon de la rue Feronstrée à Liège. Dans ce symbole de la société de surconsommation, Camille Dufour et Rafaël Klepfisch ont installé une « manufacture de résistance temporaire ».

 

Leur projet s’articule autour de plusieurs expérimentations. « Retours sur le capitalisme » est une installation vidéo composée d’images dénicheés sur internet, autant d’incarnations de l’imagerie triomphante qui sature l’espace public. Diffusée sans le son, la vidéo met à distance les représentations dominantes. Que reste-t-il de ces images lorsque manque la voix qui nous dicte ce que l’on doit y voir, ce que l’on doit en penser ou ce qu’il faut acheter ? Enlever le son pour permettre de s’en réapproprier le sens, rendre possible une visualisation consciente et stimuler les subjectivités.

L’installation vidéo entre en résonnance avec une performance artistique dans laquelle la part belle est faite au geste de l’homme. Le geste qui grave sur le bois, qui presse sur une feuille, et qui affiche dans la rue. Chaque week-end, un nouveau péché est imprimé à la main en cent exemplaires. L’épaisseur du trait, la noirceur du sujet et l’accumulation des détails évoquent les gravures du Moyen-Age où des monstres menaçants étaient représentés pour terrifier la communauté des croyants. Les codes de l’iconographie gothique sont utilisés pour illustrer des éléments clés de nos sociétés contemporaines.

 

La gourmandise se voit ainsi incarnée par des symboles de l’industrie agro-alimentaire : des tractopelles qui labourent des champs bourrés aux pesticides, des déchets qui s’accumulent, des corps d’animaux éventrés et suspendus ; une production toxique qui rend malade un corps devenus obèse, nourri par intraveineuse ; un corps qui meurt de trop avoir, et un autre qui meurt de n’avoir rien, car au-delà des symboles, c’est bien une dénonciation qui est à l’œuvre.

 

La gourmandise ©CamilleDufour
L'envie ©CamilleDufour
La colère ©CamilleDufour

Aux sept xylogravures figurées s’ajoutent sept xylogravures textuelles. Des phrases courtes, rapides, décousues : « l’imaginaire sous de l’agent orange » ; « Vendre vendre vendre. Jamais donner. » ; « Le futur : déjà consommé ». Comme un mot d’ordre des artistes adressé à la société capitaliste : « tout doit disparaître ». La partie laissée vide est cette feuille blanche sur laquelle chacun peut écrire ses propres mots/maux.    

©RafaëlKlepfisch

Impacter le réel

Entre performance artistique et geste politique (à moins qu’il ne soit question d’un geste artistique et d’une performance politique), le projet des 7 péchés du capitalisme met en pratique un idéal de résistance dans lequel le citoyen est invité à participer en accrochant deux estampes (image et texte) sur les murs de la ville. Chaque lieu d’affichage fait l’objet d’une nouvelle image regroupée dans une série photographique collective disponible sur le site du projet.

Les affiches sont ensuite localisées par une incision sur une carte de Liège. Imprimée sur du bois, Celle-ci deviendra à la fin de l’exposition une nouvelle gravure : une représentation des traces de résistance. Un projet inspirant qui inscrit le thème des 7 péchés capitaux dans une réalité contemporaine, sensible et visible.

Carte de Liège - Les 7 péchés du capitalisme

« Les 7 péchés du capitalisme » – dans le cadre de la Biennale de l’Image Possible 2020

Du 19 septembre au 25 octobre 2020

Ouverture du mardi au dimanche.

Mardi – vendredi : 13h-18h

Samedi – Dimanche 10h-18h

Clémence Drack

ZAD

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