Architecture et Design

Le fauteuil Barcelona, des courbes intemporelles !

Ses lignes n’en finissent pas d’émerveiller. A la fois douces et lisses, sobres et élégantes, elles nous paraissent hors du temps… Et pourtant ! Dessiné en 1929, ce modèle est paradoxalement l’œuvre de Mies van de Rohe. Paradoxale, pourquoi ? Parce que la philosophie moderniste de l’auteur n’y est pas. Quel contexte l’a poussé à cette création ? Comment ce passé peut-il éclairer le présent ? Retour sur les secrets d’un modèle hors-normes.

Une histoire par-delà les frontières

Un design aux 9 lettres qui font voyager : B-A-R-C-E-L-O-N-A ! Un siège mythique dessiné par Ludwig Mies van de Rohe en1929 et dont les contours sont toujours d’actualité.

Aux origines : un écrin allemand en Espagne

1929, l’Espagne accueille l’Exposition Universelle. Deux sites sont implantés : l’un à Séville, l’autre à Barcelone. C’est dans ce dernier que figure le Pavillon Allemand. Le projet met en avant le rationalisme, un courant d’avant-garde qui expose l’idée qu’une structure doit se suffire à elle-même, sans ornement. Dessinée par Ludwig Mies van de Rohe, l’architecture dévoile des lignes épurées et des matériaux bruts (verre, acier, marbre). L’espace créé est ouvert, la circulation fluide. Cet agencement visionnaire impose la conception d’un mobilier à son image.  

©Aleix Torres

Ça devait être « une chaise importante, une chaise élégante et onéreuse. Ça devait être monumental. On ne pouvait tout simplement pas se servir d’une chaise de cuisine » (Mies en 1929).

De l’Egypte à la Rome antique, un esprit grandiose

Ludwig Mies van de Rohe s’inspire de la chaise pliante des pharaons, considérée comme un objet de luxe, et du siège curule de la Rome antique, symbole du pouvoir royal. Deux lames d’acier plat reliés par trois barres transversales forment l’assise et le dossier. Du cuir de porc teint en ivoire est utilisé pour les sangles, les lanières (neuf pour l’assise, huit pour le dossier) et le revêtement capitonné. Le fauteuil Barcelona est né.

©Alexander.Hüls

Un meuble à la conquête du monde

Le fauteuil est rapidement commercialisé par l’entreprise Knoll mais la crise financière aura raison de sa distribution en 1931. Celle-ci reprend en 1948 lorsque Mies immigre aux Etats-Unis. Cette fois, la structure est formée d’une seule pièce, une prouesse rendue possible grâce aux progrès de l’acier inoxydable.

Le fauteuil Barcelona aujourd’hui

Victime de son succès, le fauteuil Barcelona est aujourd’hui largement plagié. Qu’est-ce qui différencie les copies de l’originale ? La philosophie moderniste de Mies van de Rohe ne trouve-t-elle pas son aboutissement dans ces répliques ? Original ou copie, quels sont les conseils pour l’harmoniser à sa décoration ?   

Comment reconnaître un vrai fauteuil Barcelona ?

Des modèles similaires au fauteuil de Mies sont aujourd’hui disponibles sur le marché à des prix défiant toute concurrence. Sur le site de Knoll, comme sur celui des autres fournisseurs, 9 coloris sont disponibles. S’il est impossible de les distinguer par leur composition (les processus de fabrication étant gardés secrets), comment distinguer un fauteuil original d’une réplique ? Tout d’abord le prix. Acquérir un véritable Barcelona coûte lorsqu’il est neuf autour de 7 000$ US, soit 6 400 euros. Si vous avez le moindre doute et que vous souhaitez un original, sachez que seule l’entreprise Knoll les distribue ! Enfin, un dernier indice devrait vous permettre de déceler un vrai d’un faux : la signature de l’artiste et l’empreinte de Knoll sur l’un des pieds. Si ces gravures font défaut aux imitations, ces dernières correspondent peut-être davantage à la philosophie moderniste de Mies van de Rohe qui ne défendait qu’une chose : un mobilier accessible au plus grand nombre !

Le fauteuil Barcelona à l’épreuve de la philosophie moderniste

Mies van de Rohe, troisième et dernier directeur du Bauhaus, prône une vision résolument démocratique de l’ameublement et de l’architecture. Selon cette philosophie, un mobilier doit être accessible « aux masses », pas seulement d’un point de vue financier mais aussi d’un point de vue esthétique. C’est-à-dire qu’il doit répondre à des codes « universels », le moins ornementé possible. Ainsi, les réalisations modernistes se distinguent bien souvent par une sobriété élégante. C’est le fameux ”less is more” de Mies van de Rohe.

Si le fauteuil Barcelona relève le défi esthétique, son prix en fait un meuble difficilement abordable. Peut-être est-ce justifié (ou peut-être pas) ; toujours est-il que les imitations dont le modèle est victime en font un meuble enfin accessible au plus grand nombre ! Elles viennent ainsi « réparer » cet impaire à la philosophie moderniste dont Mies était pourtant l’un des partisans. Sans l’enjeu de l’exposition universelle de 1929, ce meuble d’exception aurait-il seulement existé ?

Comment associer le fauteuil Barcelona à un intérieur ?

  • Une architecture moderne

Souvenons-nous du pavillon allemand : des lignes épurées, des matériaux bruts, des espaces ouverts. Un tel environnement a servi d’écrin au Barcelona et il n’est évidemment pas défendu de s’en inspirer. Disposé près d’une grande fenêtre il permet de profiter de la lumière naturelle et de contempler l’extérieur. Niché dans un coin près d’une cheminée il donnera envie de s’y blottir avec un bon bouquin. Entouré d’œuvres d’art, le Barcelona constitue la touche finale du tableau !

Astuce : disposer une couverture en fausses fourrures sur le fauteuil ou ajouter un tapis. Cela permet d’adoucir les matériaux bruts (et un peu froids) qui dominent ce type d’intérieur.

 

 

  • Une architecture ancienne

Si l’on ne dispose pas d’un intérieur qui permette ce style de composition, le Barcelona s’intègre également très bien avec d’autres genres décoratifs. Associé à un style ancien ou même classique, il apporte une touche de modernité ; associé à un mobilier vintage 70’s il amène de l’élégance.

Astuce : disponible en 9 coloris, on ne saurait que trop vous recommander de porter votre dévolu sur un modèle qui vous permette d’éviter les tons sur tons !

 

  • Galerie Photos

Clémence Drack

ZAD

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