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L’Art comme exutoire

Depuis la propagation du coronavirus et la mise en confinement de la population à l’échelle mondiale, la vie semble avoir été suspendue. Sans faire l’éloge abstrait d’un « monde d’après » utopique, cette série d’articles en quatre épisodes s’intéresse aux graines qui ont été semées dans le monde d’aujourd’hui, pour comprendre de quelles énergies pourraient puiser le monde demain.

I/ Internet, nouvelle "toile" artistique ?

La tradition ancienne de reproduction d’œuvre d’art a rencontré la pratique récente du défi viral lancé sur les réseaux sociaux. De ce face à face sont nées des œuvres nouvelles dans lesquelles le spectateur n’est plus cet être passif errant dans les galeries des musées mais un créateur d’images. La démarche est non seulement individuelle mais collective puisqu’elle s’inscrit dans un mouvement ayant lieu à l’échelle planétaire.

Nouvel art

Ce repositionnement de l’observateur à « observacteur » impacte la manière dont l’art peut être perçu. Il n’est plus « confiné » dans des musées, ces lieux où la charge symbolique est si forte qu’ils ne sont fréquentés que par un public doté d’un niveau d’éducation et d’un revenu élevés. L’art peut devenir avec internet cet objet relevant de la culture populaire, un objet impliquant le sérieux de l’observation et l’aspect ludique de son détournement. Un objet désacralisé, accessible à tous par l’effet viral qu’il produit.

Nouveau futur

Parmi les défis qui ont été lancés durant cette période, le #GettyMuseumChallenge est probablement celui qui inspira le plus d’internautes. Lancé le 16 mars, il invite à récréer des œuvres d’art célèbres avec les objets du quotidien. Cette initiative s’inspire du compte Instagram néerlandais #TussenKunstenQuarantaine (« Entre art et quarantaine »). 

« En circulant dans différents contextes, une copie devient une série de différents originaux. Chaque changement de contexte, chaque changement de médium peut s’interpréter comme la négation du statut de copie en tant que copie – comme une rupture essentielle, comme un nouveau départ annonçant un nouveau futur.

En ce sens, une copie n’est jamais vraiment une copie mais plutôt un nouvel original. »

 

Boris Groys, « En public. Poétique de l’auto-design »

II/ Créations confinées pour questionner le monde

Débarrassé des contraintes temporelles qui rythment le quotidien, l’individu confiné a acquis durant cette période une liberté nouvelle, une liberté d’organisation et d’occupation : c’est le Temps retrouvé. Si le futur s’écrit au présent, que nous disent les œuvres du confinement ?

L'art critique des dirigeants

TV Boy est un street-artiste italien qui s’est fait connaître pour ses pochoirs réalisés sur des écrans de télévision. Il réalise aujourd’hui des peintures murales engagées traitant de thèmes sociaux, environnementaux et politiques. La gestion de la crise sanitaire par Donald Trump qui a tardé à en admettre la gravité lui a inspiré un œuvre. Détournant l’Oncle Sam et son célèbre « We Want You », l’artiste a voulu insister sur la nécessité de rester chez soi. Le slogan américain « Restons unis, divisés nous tombons » devenant « Restons divisés, ensemble nous tombons ».

Le brésilien Airà Ocrespo a lui aussi dénoncé la négligence du président Bolsonaro en le représentant avec un nez rouge, utilisé comme masque contre le coronavirus.

L’Art engagé dans la lutte contre le coronavirus

Comme pour palier à la mauvaise gestion de la crise sanitaire par les dirigeants, de nombreux artistes ont tenu à prendre leur part et à passer des messages, que ce soit sur l’importance des gestes barrières ou la nécessité de rester chez soi. D’autres ont eu à cœur de promouvoir l’unité et de rendre hommage à l’engagement du personnel soignant.

RBS Crew - Sénégal
Fake – Amsterdam, Pays-Bas
Darion Fleming - Charlotte, Etats-Unis
Nello Petrucci - Pompei, Italie
Pony wave - Los Angeles, Etats-Unis

L’Art questionne le rapport à l’Autre

Dans ce temps disponible, la normalité est suspendue. L’Autre devient cette entité dangereuse dont il faut se protéger. Les technologies deviennent ce medium par lequel le lien social continue. Mais de quoi, de qui faut-il se méfier ? Que faut-il craindre ? Quelle est la véritable menace ? Des questions posées par les artistes comme pour lancer une réflexion, semer les graines d’un demain désirable.

« Le but de l’art, après tout, n’est pas de changer les choses – elles changent d’elles-mêmes tout le temps, de toute manière. La fonction de l’art est plutôt de montrer, de rendre visibles les réalités qui sont trop souvent ignorées. »

 

Boris Groys, « En public. Poétique de l’auto-design »

TV Boy – Barcelone, Espagne
Jilly Ballistic - Brooklyn, New York, Etats-Unis

Clémence Drack

 

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