Carte blanche

De Thomas à Bernard, l’hommage ému d’un artiste à un philosophe disparu

Thomas Ferrand est de ces personnes sur lesquelles il est bien ambitieux de mettre une étiquette. Créatif tous azimuts, il met en scène « Idiot cherche village » (2008), un spectacle nourri de ses échanges avec Bernard. Bernard qui ? Bernard Stiegler. Disparu ce 6 août 2020, Thomas prend la plume et lance une invitation : celle d’entrer dans l’œuvre de cet homme à la pensée ardue mais essentielle.

« C'était quelqu'un d'une grande puissance, d'absolument brillant, comme son regard, comme sa canine. Quelqu'un d'extrêmement sensible. A la suite d'un entretien, Bernard m'avait proposé de travailler avec lui. J'étais trop jeune, je ne m'en sentais pas capable. Mon premier "vrai" spectacle, s'appelait Idiot cherche village. Je l'avais interviewé. Il parla longuement de l'idiotie en tant que singularité et ce fut la base de cette création déterminante pour moi. Il avait écrit un livre sur le sujet qui n'était pas publié. A la fin de l'entretien, il s'était effondré en larmes en évoquant un "idiot du village" qu'il avait connu en Corse et pour lequel il avait beaucoup d'affection.

 

C'était quelqu'un qui me laissait l'impression d'être profondément pessimiste, avec une pensée et une action résolument optimiste. Pas le droit d'être pessimiste aujourd'hui, disait-il.

 

C'était surtout quelqu'un qui fournissait des armes absolument inédites pour penser ce monde, et qui les mettaient en action. Jamais de vielles recettes, jamais de postures. Le dessin ci-joint - de mon ami Cdrc Lchrz - accompagnait un des entretiens que j'avais réalisé pour la revue mrmr. J'aurais aimé pouvoir lui parler des plantes sauvages et de ce que cela implique... Instantanément il m'aurait mis sur de nouvelles pistes encore plus stimulantes, car il en était toujours ainsi avec lui.

 

C'était un grand homme, n'en déplaise aux esprits chagrins qui débattaient toujours de savoir si c'était un "vrai" philosophe. Ridicule.

 

Je vous souhaite d’entrer dans cette œuvre parfois ardue mais tellement essentielle. C'est le Foucault de notre époque. C'est aussi avec son œuvre qu'il faut jeter son corps dans la bataille.

 

Je l’aimais vraiment beaucoup. »

Thomas Ferrand

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