Arts visuels

Blood Orange dépoussière le style rococo dans « Benzo »

Décor Rococo et musique RnB, il fallait y penser ! Réalisé par Devonté Hynes lui-même, le clip revisite magistralement les cours royales à la sauce contemporaine. Une satire des relations humaines dans un écrin acidulé.

Une satire contemporaine des relations sociales

Une cour qui n’est pas sans rappeler celle de Marie-Antoinette s’impatiente. Depuis une heure ils attendent.

« When i am bored, i am displaced

and when i am displaced you know what happens. »

 

Qu’attendent-ils ? Monsieur Orange. Ce dernier court et ouvre la porte en fracas ! Il s’agit de Devonté Hynes. Armé d’un violoncelle, l’une des personnes présentes lui tend son archer avant de fermer la porte. La musique commence.

 

On découvre une audience travestie et colorée. Des perruques poudrées, des maquillages colorés. Chacun vaque à ses occupations. Une danseuse classique fait ses pointes devant un vitrail alors que certains rient, discutent ou s’embrassent. La musique se termine. Tout le monde applaudit. Fin de la partie.

 

Dev Hynes illustre ici ses tourments. Baptisé « Benzo » (la benzodiazépine étant la molécule principale des anxiolytiques), le titre est à la fois une ode à l’Art sous toutes ses formes et une satire des relations humaines. Personne n’écoute le musicien ; personne ne regarde la danseuse. La musique n’est que la bande-son des ébats venus tromper l’ennui. L’ambiance rococo et les anachronismes forcés traduisent ici la continuité des rapports de domination dans lesquels les arts sont relégués au second plan comme simple divertissement.

Des clins d’œil au passé et des anachronismes acidulés

 

Dans « Benzo », Dev Hynes nous plonge dans un passé… mais un passé qui n’a jamais vraiment existé. La pièce dans laquelle se déroule l’action est celle d’un château moyenâgeux (la fenêtre en arrière-plan rappelle celle du château de Chillon) mais les meubles qui l’habillent sont résolument contemporains : tapis façon « peau de bête » ou en fourrure rose fushia, banquette rouge vernie, fauteuil en peau de vache. Ces différentes touches actuelles créent du lien entre le passé et le présent. 

 

En dehors du mobilier, d’autres codes ont été détournés. Les initiales royales qui ornent les châteaux sont remplacées par des enseignes lumineuses avec texte défilant personnalisé au nom de l’artiste et au titre de la chanson. L’armure de chevalier située à l’entrée de la pièce n’est plus seulement en métal mais est recouverte de peinture rose bonbon !

Les personnages reprennent eux aussi les codes des cours royales européennes. On observe une hiérarchie importante entre ceux qui établissent les règles, « les dominants » (au centre de la pièce), et ceux qui s’y soumettent (comme le joueur de violoncelle, la danseuse, et d’autres personnages que l’on trouve ici et là). Leur accoutrement déstructuré reprend la mode des cours du XVIIIe siècle (perruques poudrées, maquillage, collants) mais dans des teintes acidulées. Les paillettes qui illuminent leurs visages ne sont pas sans rappeler celles des festivaliers d’aujourd’hui.

 

L’ensemble crée une atmosphère étrange où se mêlent des points de repères et des points de rupture. Un décor sans nul doute hors du temps.

Clémence Drack

ZAD

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