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Quand le monde de l’art s’empare des drones (épisode 1/2)

Télécommandé ou programmé, ces engins sans pilote sont nés des besoins de l’armée pour désigner et neutraliser des cibles, recueillir des renseignements ou brouiller des communications ennemies. Démocratisés depuis les années 2000, comment ces progrès technologiques ont-ils fait jaillir de nouvelles possibilités artistiques ?

La démocratisation de l’imagerie aérienne

Selon la taille et la puissance de l’appareil, les drones ont une capacité d’emport de matériel, comme des caméras. Au cours des dernières années, les vidéastes et les photographes se sont naturellement tournés vers cette technologie de pointe accessible permettant la réalisation de vues aériennes et de poses longues de manière simplifiée. Les images, capturées en haut définition, sont fluides, stables, magnifiées : chaque détail est amélioré et apporte de nouvelles sensations au spectateur qui entre, grâce au mouvement, dans l’image.

Ce qui a changé aujourd’hui ?  L’apparition des drones, par exemple, j’adore les drones, des caméras numériques avec lesquelles on peut filmer dix, vingt, voire trente minutes de séquence sans couper la caméra comme autrefois. C’est une immense chance pour un réalisateur, on peut filmer plus, en temps utile.

Gaspar Noé

Si le coût d’achat varie, l’amortissement d’un drone est lui vite atteint. Son coût d’utilisation est dix fois inférieur à celui d’un hélicoptère, rendant l’imagerie aérienne accessible même aux plus petits budgets. Cinéma, spots publicitaires, feuilletons-télé, journal de 20h… le drone est partout et c’est tout l’univers de l’image qui se voit révolutionné.

Bande annonce du film « Irréversible » de Gaspard Noé (2019)

Avec la généralisation des drones, un tout nouvel écosystème culturel est apparu. L’organisation de compétitions de films réalisés par drones (on en trouve presque partout : en France, en Espagne, en Allemagne, aux Etats-Unis, en Pologne…) témoigne de l’importance que cette technologie a aujourd’hui prise dans l’industrie culturelle. Autre manifestation, la création en 2013 du site Dronestagram qui permet aux passionnés de partager leurs captations photos ou vidéos. Cet « Instagram pour les drones » organise chaque année un concours mondial de photos qui met à l’honneur la verticalité. Une révolution de l’image qui permet à chacun de prendre de la hauteur et de saisir la grandeur des paysages naturels et urbains.

Troupeau d’hippopotames, Tanzanie. © zekedrone, Dronestagram
L’ours blanc © Florian Ledoux
Parcours de golf, Russie. © Alexey Goncharov
Quatre ombres sur une plage à Odessa, Ukraine. © qliebin
Les eaux boueuses rencontrent le bleu de l’océan, Timor oriental. © JGalamba
Filets de pêche vus par drone, Vietnam. © Trung Pham
L’obstacle de l’arbre en plein désert, Émirats arabes unis © whosane

La révolution de l’imagerie nocturne

Dans cette exploration des nouvelles possibilités de l’image, des artistes ont cherché à mettre en lumière des paysages nocturnes. Dans cette approche, le drone n’est plus seulement capteur d’images : il révèle un objet en lui apportant un éclairage. Peu importe qu’il fasse nuit, peu importe que l’objet soit immense ou minuscule : le drone se moque des jeux d’échelle et s’adapte à toutes les contraintes spatiales et temporelles dans lesquelles l’homme ne peut aller seul.

 

Dans son projet Lux Noctis, l’artiste anglais Reuben Wu réalise une série de photographies nocturnes de paysages naturels. Marqué par l’univers de la science fiction et par l’idée d’explorer notre planète, Reuben réalise des clair-obscur des paysages sur lesquels ni le temps, ni l’espace n’ont d’emprise. Un travail qu’il poursuit dans « Field of Infinity ».

« Nous sommes chaque jour submergés par de belles images de choses qui nous semblent aujourd’hui familières. J’imagine ces scènes transformées en paysages non découverts qui renouvellent nos perceptions de notre monde. »

Reuben Wu

Qu’il accompagne l’homme dans un face-à-face magique avec la nature ou qu’il lui donne de la hauteur, l’avenir se jouera avec le drone. Sa propagation fera disparaître certains métiers, d’autres s’adapteront, de nouveaux seront crées. Le changement est déjà là, reste à savoir sous quelles autres formes il pourrait encore se manifester.

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Clémence Drack

ZAD

Magazine culturel engagé, ZAD est un webmedia indépendant soucieux de partager des contenus réflexifs sur les arts visuels et le spectacle vivant.

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